Omar m’a tuer (une « introduction » à The Wire)

[28 oct 2009 par TontonCrevette | 7 commentaires]

Il existe deux types de personnes. Les gens qui ont vu The Wire – pour qui Omar Little, McNulty, Bunk, Barksdale ou The Project signifient quelque chose – et les autres. L’objectif de cette « chronique » est de faire basculer « les autres » dans le clan du bien.

wire

The Wire (Sur Ecoute en français) est une série américaine diffusée sur HBO entre Juin 2002 et Mars 2008. Soit 5 saisons et 60 épisodes au total. L’action se déroule dans la ville de Baltimore (Maryland) sur une période de cinq ans.
Présentée sous un format de série policière, elle se concentre sur un service de police spécialisé dans les enquêtes nécessitant l’utilisation de matériel de surveillance. Il sera donc question de mise sur écoute (The Wire), d’enregistrements, d’observations à distance. Les policiers ne seront jamais en contact direct avec les protagonistes qu’ils tentent de mettre en cause.

Jusque là, vous me direz pas de quoi s’enflammer.
Mais quels sont les éléments qui font de The Wire un chef d’œuvre télévisuel ?

The-Wire-PostersPremier élément : nous sommes sur HBO, et donc en droit d’attendre quelque chose qui transcende le genre. La chaine câblée a depuis longtemps imposé ses séries adultes et complexes à l’instar des Sopranos, OZ, Curb Your Entousiasm … Une série HBO est rarement une simple série policière, une comédie ou une série carcérale. Les thèmes y sont complexes, profonds et politiques. The Wire ne déroge pas à la règle, mais pousse le concept encore un peu plus loin.

Deuxième élément : la série a été créée, produite, écrite, supervisée par un certain David Simon en collaboration avec Ed Burns. Simon est un ancien journaliste du Baltimore Sun, qui couvrait les affaires criminelles. Il s’est depuis reconverti dans l’écriture pour des séries comme Homicide et s’est fait la main sur une première mini série, The Corner, diffusée en 2000 toujours sur HBO. Burns lui est un ancien flic de Baltimore qui enquêtait sur le trafic de drogue local notamment grâce à du matériel d’écoute sophistiqué. A partir de leur expérience, ils décident d’écrire une série sur leur ville et ces différents aspects. C’est grâce à la collaboration des deux hommes qu’ils vont obtennir le ton hyper – réaliste à la série.

Troisième élément : un familier d’OZ retrouvera avec un certain plaisir une grandeThe-Wire-Posters2 partie du casting dans la série. Des acteurs black en majorité, qui trouvent rarement des rôles aussi forts en format TV.
Parlons justement des personnages. Ils sont nombreux et aucun d’eux ne se dégage tout à fait. Chacun y a sa place et personne ne sera délaissé.– Les bons, comme les méchants y sont traités avec humanité et dans toute leur complexité, Flics, gangsters, politiciens, écoliers, tous servent un versant de l’histoire et se verront impliqués dans les intrigues principales ou parallèles, qui s’entremêlent au fil des 5 saisons.

Quatrième élément : Sans doute le plus important. The Wire prend son temps, développe, éduque. N’attendez pas de courses poursuites, de gunfights, de cliffhangers affligeants. Une saison de The Wire prend un thème et le développe, traitant l’ensemble des ramifications de l’affaire. La série se mérite et va de ce fait demander un effort de d’investissement.

The Wire est un grand roman en 5 volumes développant 5 grandes thématiques.

La saison 1 nous introduira Baltimore via son trafic de drogue, son fonctionnement, ses acteurs, ses codes et l’impuissance des forces de l’ordre à l’endiguer.

La saison 2 se penchera sur l’état économique désastreux de la ville, en s’appuyant sur l’industrie portuaire dévastée qui a laissé bon nombre de dockers sur le quai.

La saison 3 s’attardera sur le microcosme politique local, ses dérives, les mécanismes de corruption avec en toile de fond une réflexion sur la dépénalisation.

La saison 4 quand à elle traitera du système éducatif américain et ses laissés pour compte.

Enfin la saison 5 dressera un bilan de la presse écrite, démontrant par l’absurde ses tendances sensationnalistes et le syndrome d’emballement médiatique.

The Wire en plus d’être une excellente série policière haletante, s’avère être un programme politique avec des partis pris forts qui en disent plus long sur les Etats Unis d’aujourd’hui qu’une journée passée devant CNN.

Cette chronique n’est qu’une modeste introduction à l’univers riche et complexe de The Wire. D’autres articles suivront. J’espère toutefois avoir aiguisé votre curiosité.

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7 commentaires »

  • MisanGeek a écrit:

    Accroc à The Wire, j’ai eu des frissons en lisant ces quelques lignes …

    Vivement la suite des aventures de tonton crevette dans le project …

  • eamimi a écrit:

    Bon les garçons, qui me file la saison 1 ?

  • web-et-cinema a écrit:

    La saison 2 de The wire est ce que j’ai vu de plus fort depuis longtemps. C’est bien sûr à voir en anglais et avec une boite de mouchoirs à portée de main.

  • eamimi a écrit:

    @web-et-cinema – merci pour cet avis ! ça me donne encore plus envie de regarder. Je me colle à la saison 1 ce week end !

  • SaiBC a écrit:

    @web-et-cinema – Il faut absolument régarder les séries en VO, bonnes ou pas, elles sont toujours mieux en V.O.

    j’ai pas bien compris ton histoire de mouchoirs ???

  • eamimi a écrit:

    @SaiBC – les mouchoirs ça veut soit dire que c’est drôlement triste soit que c’est drôlement interdit aux moins de 18 ans …

  • web-et-cinema a écrit:

    @eamimi@SaiBC
    Pour la VO, c’est pas moi qui vous dirais le contraire (pas que pour les séries d’ailleurs).
    Pour les mouchoirs, bonne remarque. Je n’avais pas pensé à préciser. Mais sans rien dévoiler de la série, je peux vous dire que les personnages que vous voyez au début ne seront pas tous en vie à la fin. Et ceux qui resteront seront bien cassés.
    En tout cas, eamimi, tu vas passer un bon week-end.

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